1er jour: Arrivée au lac Rose

Vivant en Côte d’Ivoire depuis quelques années, nous avons la volonté de visiter en priorité les pays de la région. Car nous pensons que de nombreuses richesses sont ici, à nos portes sans qu’il soit nécessaire d’aller à l’autre bout du monde ou sur d’autres continents. Cela permet également d’éviter de longs et polluants voyages en avion. C’est pourquoi nous avons fait plusieurs voyages à l’intérieur de la Côte d’Ivoire. Nous avons également visité l’ouest du Ghana en 2019.

Nous souhaitions visiter le Sénégal depuis longtemps. Mais nous voulions que ce voyage ait un sens et ne soit pas un simple séjour touristique. Notre amie Melina de Click & Trip, nous a aidé à l’organiser en partenariat avec Esprit d’Afrique au Sénégal, dont l’état d’esprit correspondait à nos attentes.

Pour nous, un voyage éco-responsable est un séjour dont nous cherchons en premier lieu à réduire l’impact environmental. Mais il s’agit également de tenir compte des aspects éthiques, sociaux et solidaires. Ainsi nous souhaitons que les bénéfices de notre voyage ait un impact le plus direct possible sur les populations locales (tourisme équitable) tout en essayant de limiter les impacts négatifs (notamment environnementaux). Ceux que ces questions intéressent trouveront des informations utiles et quelques définitions ici. En Côte d’Ivoire certaines structures s’inscrivent dans cette démarche, notamment l’association Train and Travel with Women for Africa.

Esprit d’Afrique propose des voyages comportant des hébergements dans des gîtes éco-responsables. Ils participent également à des projets éco-solidaires et proposent des activités en immersion auprès de structures locales et solidaires.

1er mars 2022. Nous voilà donc partis! Nous atterrissons vers 16H, sur la piste de l’aéroport Blaise Diagne.

Après un petit malentendu avec le chauffeur, Abdou, nous voilà en route vers la première étape de notre voyage sur les rives du Lac Rose.

Nous quittons l’aéroport par l’autoroute, nous longeons le nouveau quartier de Diamniadio en plein essor et le stade Abdoulaye Wade, inauguré il y a à peine plus d’une semaine, l’occasion de célébrer la récente victoire des Lions de la Téranga à la Coupe d’Afrique des Nations.

Puis nous quittons l’autoroute et empruntons les routes embouteillées de la banlieue de Dakar. (Nous n’en avons malheureusement pas fini avec les embouteillages de Dakar; affaire à suivre demain!)

Nous traversons finalement le village de Niaga ou nous slalomons entre les derniers vendeurs encore présents au bord de la route.

Arrivés sur les bords du Lac, nous dépassons quelques hôtels et avançons en longeant beaucoup (trop?) de bâtiments en cours de constructions, mais dont les travaux sont visiblement à l’arrêt. L’aménagement anarchique des abords du lac semble être un problème et un risque pour la survie du lac.

Nous voici arrivé au Gîte du Lac, notre résidence pour trois jours…

Le gîte est constitué de plusieurs bungalows discrets et d’un bâtiment principal comportant la cuisine. Nous prendrons nos repas sur la terrasse très agréable, aussi bien le soir que le matin pour le petit déjeuner. Un escalier amène à un petit coin bar pour les soirées tranquilles.

Nous prenons un cocktail de bienvenue, à base de bissap (boisson aux pétales d’hibiscus). En face de nous les rives marécageuses du Lac Rose (ou lac Retba).

Ce lac si particulier dont la couleur rose est due à la présence d’une algue qui produit un pigment rouge pour résister à la concentration de sel. On retrouve d’ailleurs cette même couleur rose dans certains marais salants et d’autres mers très salées.

Le lac provient d’une ancienne lagune, autrefois reliée à la mer et séparée de l’océan, probablement depuis le XIVème ou XVème siècle.

Depuis la concentration en sel du lac augmente et sa taille diminue du fait de l’évaporation. (de 4 km2 à la fin des années 80 il a rétréci à moins de 3 km2 aujourd’hui)

Il fait maintenant presque nuit. Nous laissons le lac que nous découvrirons plus longuement demain.

Nous profitons de la cuisine d’Alain qui fait un effort louable pour s’adapter à nos habitudes végétariennes. Nous allons nous coucher, impatients de découvrir un peu plus ce lieu demain matin.

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2ème jour: L’île de Gorée

Il est 9H quand nous montons dans le 4X4. Aliou est déjà là. Il sera notre chauffeur-guide et nous accompagnera pendant une grande partie de notre voyage. Nous venons de profiter d’un bon petit déjeuner, dans le calme du matin.

A droite d’Aliou, Kamara qui sera notre guide pendant la première partie de notre séjour aux abords du Lac Rose. La journée sera chargée.

Aujourd’hui nous allons affronter Dakar d’une part et l’île de Gorée d’autre part. Pour des raisons bien différentes cela risque d’être éprouvant pour l’une comme pour l’autre.

Nous quittons donc le calme du lac Rose et retournons dans la cohue de Dakar.

Premiers embouteillages (ce ne seront malheureusement pas les derniers de la journée), et nous entrons au cœur de la ville. Notre destination, le quartier du Plateau. Là nous faisons une courte pause au marché de Kermel. Construit en 1860, c’est marché à l’architecture originale. Victime d’un incendie en 1993, il a été reconstruit en 1997. Nous parcourons le marché, y faisons quelques rencontres et admirons de magnifiques fruits et légumes.

De là, direction la gare maritime que nous rallierons à pied et où nous prendrons la navette pour l’Ile de Gorée. Nous nous perdons un peu dans les ruelles du Plateau mais nous arrivons finalement à destination, juste à temps pour monter dans navette qui était sur le point de prendre le large. Jovialement abordés par les vendeuses de l’île, nous ne nous en sortons pas sans la promesse de passer voir leur magasin une fois arrivés.

L’île est seulement à quelques kilomètres de Dakar. La traversée est rapide, nous voilà déjà arrivés. Etrange impression. Les toits rouges, les bateaux colorés pourraient presque faire penser à un village méditerranéen.

Nous retrouvons rapidement un guide qui nous conduira lors de notre visite sur l’île. Après quelques minutes de marche, nous voici aux portes d’une des « maison des esclaves ».

Comme lors de notre voyage au Ghana, nous sommes immédiatement saisis par la solennité du lieu et par l’émotion qui s’en dégage.

Mais contrairement aux sites du Ghana il ne s’agit pas d’immenses forts optimisés pour l’efficacité de la traite des esclaves (ce qui les rends encore plus impressionnants et épouvantables). On comprend ainsi que l’île de Gorée n’a sans doute pas été un des lieux principaux de la traite des esclaves, mais qu’elle constitue plus un symbole, un des derniers lieux visibles et facilement accessible sur cette partie de la côte Africaine. Mais les différents cachots, la « cellule des récalcitrant », minuscule au point de ne pouvoir y tenir debout et bien sur sans aucune ouverture, ainsi que la porte du non-retour qui débouche sur la mer où embarquaient les esclaves sont tous très marquants. Nous avons le temps de visiter le petit musée à l’étage mais déjà la maison va fermer pour la pause, et nous devons quitter les lieux.

Se retrouver dans les rues fleuries et paisibles du village après cette visite crée un contraste saisissant. Voire un certain malaise, accentué, quelques centaines de mètres plus loin par la présence des étals de souvenirs pour touristes, qui paraissent un peu déplacés dans ce lieu.

Nous retrouvons certaines vendeuses croisées sur le bateau, des artisans réalisant de tableaux de sable et toutes sortes de commerçants.

Nous voici maintenant près des gigantesques canons, surnommés « canons de Navarone » car ce sont les mêmes que ceux utilisés dans le célèbre film. Une légende dit même qu’une partie du film a été tourné ici, mais ça ne semble pas être la réalité. Provenant d’un navire français, ils auraient servi une fois, en 1940 pour couler un navire anglais impliqué dans l’opération navale ratée des forces anglo-gaullistes sur Dakar. Aujourd’hui les souterrains d’accès au canon semblent servir de galerie ou d’atelier d’artistes.

Vue du haut de la colline, l’aspect de village paisible est encore plus frappant. Nous redescendons la colline et retrouvons prêt du port pour un déjeuner dans l’un des restaurant se trouvant sur la place.

Après une dernière balade dans le village. Au delà du lieu touristique, l’île est également un lieu vivant comme en témoignent les enfants qui jouent sur une des places du village. il nous faut quitter l’île. Nous retrouverons la suite de notre visite dans le prochaine article…

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2ème jour (suite): Visite express de Dakar

Nous disons au revoir à l’île et reprenons la navette de retour. Au passage nous croisons de nouveau cet étrange bateau, ancré au large de Dakar. Il s’agit en fait d’une « unité flottante de stockage et de regazéification » qui fournit en gaz la centrale électrique, elle aussi flottante dans le port de Dakar. Celle-ci fournit environ 15% de l’électricité du pays. Etonnant moyen de production d’éléctricité qui se généralise en Afrique. (Une centrale de ce type est attendue prochainement à Abidjan)

A la descente de la navette, nous retrouvons Aliou et son véhicule. Nous partons pour un petit tour de Dakar. C’est loin d’être une visite exhaustive, mais nous verrons quelques bâtiments et monuments emblématiques.

Surtout nous passerons d’interminables minutes dans les embouteillages, qui sont sûrement eux aussi une des attractions touristiques de Dakar !

Nous passons ainsi devant la gare ferroviaire, l’hôtel de ville, la cathédrale Notre Dame des Victoires et bien d’autres bâtiments dont plusieurs, à l’image de l’hôtel de ville ont été restaurés récemment.

Puis nous empruntons la route de la corniche, nous nous arrêtons pour voir la mosquée de la Divinité.


Puis, nous poursuivons vers la dernière étape de notre escale Dakaroise: le Monument de la Renaissance Africaine. Symbolique et controversé, ce monument gigantesque est vraiment impressionnant (52 mètres quand même!). L’intérieur de la statue se visite et on peut monter à différents niveaux, mais il est déjà tard et ce ne sera donc pas pour aujourd’hui.

Nous voilà repartis, toujours dans les embouteillages. Nous retraversons la ville dans l’autre sens pour retourner vers le calme du Lac Rose. La nuit tombe déjà lorsque nous approchons de notre destination et achetons une pastèque à l’une des dernières vendeuses du village.

Nous voici arrivé. Nous profitons une nouvelle fois des plats de Alain, puis d’un repos bien mérité. Demain le programme sera de nouveau chargé, mais loin de la ville cette fois !

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3ème jour: Le village pilote

Notre duo de choc, Aliou et Kamara nous attend déjà. Aujourd’hui, le programme est très différent. Oubliés les embouteillages de Dakar. Une belle aventure nous attend. Ce matin nous nous rendons au « village pilote », non loin du village de Deni Biram Ndao, à une quinzaine de kilomètre à peine du gîte. Petite hésitation au moment d’arriver au village, mais finalement nous y voilà !

Nous sommes accueillis par Sherif, qui coordonne de main de maître cet impressionnante communauté. Une phrase de présentation résume bien sa mission « La mission de Village Pilote au Sénégal est d’endiguer la problématique des enfants des rues. Nous mettons à ce titre tous nos efforts au profit de la prévention, de la protection et la réinsertion des enfants en danger. »

Et en effet, que d’efforts déployés. Pour identifier et recueillir ces enfants. Pour leur proposer des formations dans de nombreux domaines (Menuiserie, électricité, maraichage, couture, électricité, etc…). Pendant six mois les enfants participent aux différente formations, ce qui leur permet de mieux identifier leurs aspirations avant de choisir, éventuellement, une spécialités pour la suite. Tout est fait également dans le cadre des activité scolaire et dans celles de la vie communautaire pour favoriser leur autonomie et leur sens des responsabilités.

Au-delà de ces formations, des efforts extraordinaires sont faits pour renouer, lorsque cela est possible, le lien avec leurs familles. Il s’agit déjà de retrouver où d’identifier celles-ci puis de tenter de renouer le dialogue lorsqu’il est rompu où d’essayer de trouver des solutions à des situations diverses et souvent complexes. Le but étant dans la mesure du possible de permettre à ces enfants de retrouver une vie et une scolarité normale.

Nous partons chacun de notre côté pour participer aux activités du centre. D’un côté, l’atelier de menuiserie. Ici les enfants apprennent pas à pas chaque étape du métier de menuisier. L’un des enfants est concentré sur l’une des premières d’entre elles: il s’agit de reconnaitre les différentes essences de bois à leur aspect. D’autre plus avancé en sont à l’apprentissage des techniques de base; tenon et mortaise n’auront bientôt plus de secret pour eux! Puis on arrive à des éléments plus complexes tel ce superbe escalier dont nous participons à l’assemblage final.

De l’autre côté, les activités de maraîchage où Blaise enseigne et utilise les techniques innovantes d’agroécologie, un savant mélange d’innovation et de tradition. Les techniques d’irrigation sont également essentielles dans cet environnement aride.

Un petit détour par la classe de Lorette, qui fait l’école aux plus jeunes.

Pendant ce temps, des bénévoles de Energies sans Frontières sont en train d’installer des panneaux solaires sur les toits des différents bâtiments. C’est un pas de plus vers l’autonomie du village.

C’est l’heure de déjeuner. Nous partageons avec les enfants de grands plats de Tiep Bou Dien (sans poisson pour nous !)

C’est un moment de convivialité où les enfants, les enseignants, les volontaires et encadrants se retrouve pour un moment de partage. On comprend à cette occasion le fonctionnement communautaire du village ou chacun participe à son niveau, ce qui est une des grande force de cette institution.

Sherif nous fait ensuite visiter le village. Les dortoirs, les cuisines, les différents ateliers…

Il nous explique comment tout ici est fabriqué sur place. Des briques qui serviront à la construction des bâtiments aux meubles réalisés dans l’atelier de menuiserie en passant par les éléments de ferronnerie. Les repas eux sont préparés en grande partie avec les aliments produits sur place.

De fait le village fonctionne pratiquement en autonomie.

Nous croisons l’équipe de rugby du village qui part pour l’entrainement. L’équipe participe au championnat sénégalais U20, et des jeunes du villages sont régulièrement sélectionnés en équipe nationale U20. Plusieurs élèves du village s’imposent également dans d’autres sports.

Nous quittons le village impressionnés par l’engagement de toutes les personnes que nous avons rencontrés et par les réussites de ce modèle exceptionnel.

A bientôt pour la suite de la journée dans le prochaine article.

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3ème jour (suite): Le lac Rose

Avant de rentrer au gite nous nous arrêtons sur les bords du lac rose. Après quelques minutes de trajets, nous voilà sur la berge où nous slalomons autour de véritables dunes de sel, avant d’arriver à un petit marché, au bord de l’eau. Le lac est effectivement légèrement rose aujourd’hui, ce qui n’est pas toujours le cas.

Un vendeur de sel nous en explique les bienfaits, mais également les techniques éprouvantes pour le « récolter » au fond du lac.

Les plongées sont réalisées à partir de barques. Munis de seaux, les plongeurs descendent au fond du lac et à l’aide d’une pelle, cassent la croûte de sel qui s’y trouve. Ils remontent ensuite pour déposer le sel dans la barque avant de replonger, parfois plusieurs heures d’affilée, jusqu’à remplir l’embarcation de près d’une tonne de sel. Celui-ci sera ensuite débarqué sur la berge. Ce travail est en général effectué par les femmes qui transportent le sel depuis les barques à l’aide de bassines contenant près de 25 kilos de sel, qu’elles portent sur leur tête.

Afin de limiter l’impact du sel, les plongeurs s’enduisent le corps de beurre de karité. Mais cela n’empêche pas cette pratique d’être très dangereuse. Il faudrait limiter la durée des séjours dans l’eau ayant une telle teneur en sel (380 grammes de sel par litre d’eau). Mais en pratique les plongeurs n’ont pas le choix, ils doivent rester bien trop longtemps dans l’eau pour pouvoir gagner leur vie. Les ramasseurs de sel sont souvent des étrangers, Maliens ou Guinéens.

De retour au gîte, nous décidons d’aller tester la nage dans le lac Rose. La concentration en sel étant très importante, la sensation est particulière puisqu’on y flotte sans aucun effort. Pour cela nous devons nous éloigner un peu du gîte à pied. En effet la rive du lac n’est pas accessibles partout, les berges étant en général plutôt marécageuses.

La journée touche à sa fin. Nous profitons des derniers rayons du soleil au bord du lac pour savourer un cocktail maison…

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4ème jour: Vers Lompoul

Ce matin je vais participer à la préparation du fromage. Ousmane est éleveur et amoureux des chèvres qu’il affectionne tant. Il a appris à fabriquer du fromage avec leur lait. C’est un fromage de type féta, qui est consommé par les clients du gîte pour leur plus grand plaisir! Cela permet aussi de faire une animation pour les touristes. Ousmane se débrouille avec les moyens du bord, il a tout compris; ne pas attendre d’avoir tout le matériel pour se lancer! Nous avons déjà apprécié son fromage dans nos salade. On lui souhaite de continuer et de réussir dans cette voie.

Avant de continuer notre voyage, nous allons profiter une dernière fois des paysages des abords du Lac Rose. Cette dernière balade se fera à dos de cheval. C’est une expérience nouvelle pour nous et un vrai plaisir de se balader dans les dunes aux abords du gîte.

Cette expérience sera trop courte malheureusement, car nous devons quitter à regret notre cocon du Lac Rose. Direction Lompoul, aux portes du désert. Mais pour y arriver nous n’allons pas prendre un chemin classique.

Au lieu de prendre la route habituelle, Aliou nous propose une expérience un peu différente. Nous allons longer la mer, sur la plage entre Kayar et Lompoul-sur-mer. C’est la « grande côte » qui s’étend au nord de Dakar jusqu’à Saint-Louis.

A Kayar, avant de nous aventurer sur la plage, nous nous arrêtons quelques minutes au bord de la plage des pêcheurs, occupés pour la plupart à réparer ou à ranger les filets

Et nous voilà lancés sur la plage! Sur notre passage, des nuées d’oiseaux s’envolent. Un peu honteux de les déranger bruyamment, nous ne profitons pas moins du spectacle de leur envol coordonné.

Nous longeons la « forêt » de filaos, plantée sur plus de 180 km pour protéger la côte de l’érosion et ainsi limiter le risque de désertification. Cette forêt de filaos existe depuis près de 50 ans, mais elle doit être entretenue et renouvelée en permanence, car les filaos ont une durée de vie de 25 ans.

C’est d’ailleurs dans cette forêt que nous nous ferons une pause pour déjeuner, à l’ombre des filaos, dans une ambiance conviviale, comme d’habitude. Après une brève balade sur la plage nous repartons: destination Lompoul!

Sur le chemin nous croisons aussi quelques obstacles moins agréables. La plage est barrée par un terre-plein qu’il faut contourner. Nous comprenons qu’une route arrive depuis l’intérieur des terres, et que des camions viennent y déverser des déchets, probablement industriels. L’océan considéré comme une poubelle, comme un peu partout dans le monde…

Nous voilà arrivés Lompoul-sur-mer. Nous quittons donc la plage. Il nous reste à nous enfoncer dans les terres sur quelques kilomètres. Le paysage devient plus désertique, mais nous longeons de nombreux bosquets et alignements d’eucalyptus dont nous reparlerons demain.

Soudain, nous voilà sur les dunes de sable! Après quelques photos nous entrons dans l’enceinte du « Camp du Désert ».

Rapidement conduit à notre tente, où nous déposons nos affaires.

Le Camp du désert se situe en bordure du désert de Lompoul, partiellement à l’ombre des eucalyptus. Nous dormirons dans une grande tente confortable. La salle de bain est à l’extérieur, protégée par des palissades. Prendre sa douche sous un ciel étoilé est une expérience!

Une terrasse ombragée nous accueille pour savourer notre boisson de bienvenue. Un peu plus loin se trouve une grande tente dans laquelle nous nous rendrons un peu plus tard pour prendre notre repas, en commun avec les autres hôtes du camps.

En attendant nous profitons du coucher de soleil, puis la nuit tombe doucement et les lanternes sont allumées pour nous accompagner jusqu’au repas.

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5ème jour: Le village de Lompoul

Aujourd’hui, journée d’immersion dans le village de Lompoul. Il s’agit du village d’Aliou, notre chauffeur.

Nous quittons le camp à pied. En chemin, nous longeons des plantations maraîchères, notamment des champs d’oignons, puis des alignements d’eucalyptus. Ceux-ci ne sont pas ici par hasard. Ils font partie de la stratégie de lutte contre la désertification, mise en œuvre depuis de nombreuses années. Cette plante originaire d’Australie permet de ralentir l’avancée du désert et de rendre cultivables des terres qui ne l’étaient plus. Nous verrons demain la pépinière qui joue un rôle essentiel dans ce reboisement. Aliou nous expliqueras aussi comment son père a joué un rôle important dans la mise en place de cette pépinière. Pour plus d’informations sur cette question, un article intéressant ici.

Arrivé au village, traditions obligent, nous nous séparons. Les femmes d’un côté prépareront un Tiep Bou Dien (au poisson donc, dont nous laisserons profiter les autres convives!)
Les hommes iront aux champs, avec Aliou, qui est ici chez lui

Comme au village pilote, cette expérience me fait prendre conscience à quel point les techniques de pompage solaire de plus en plus accessibles révolutionnent l’agriculture dans ces régions. Plusieurs organisations sont possibles. A Lompoul une pompe commune permet d’alimenter des cuves réparties sur les différents champs environnants. Puis un arrosage manuel se fait à partir des cuves. A l’inverse certains agriculteurs ont leur propre installation. A les voir faire, je me pose des questions sur les effets indésirables de cette pratique. Il parait clair que le fait d’avoir de l’eau en quantité apparemment illimitée à un coût modique (une fois l’installation en place) incite à ne pas l’économiser et semble entrainer un certain gaspillage. Dans le cas de l’arrosage semi-manuel on voit les efforts faits pour tirer le meilleur partie de l’eau disponible (arrosage par en dessous, réalisation d’alvéoles autour des pieds pour éviter la déperdition d’eau. Rien de tout ça avec l’arrosage direct.

Quelles seront les conséquences sur les nappes phréatiques déjà soumises à rude épreuve avec les sécheresses à répétition, si ces pratiques se généralisent ? Quelles conséquences également sur la salinisation des sols, problème sérieux dans la région et susceptible d’être aggravés par des techniques d’irrigation de ce type ?

Nous nous retrouvons pour déjeuner, au sein de la communauté Jigéen Jambaar. Cette association dont le nom signifie « Femmes fortes » en Wolof, aide les femmes à faire que leurs activités passent progressivement du stade de moyen de survie à celui d’entreprise solide et viable, et ainsi les rendre plus autonomes. Cela passe par de nombreuses activités, pour en savoir plus, beaucoup d’infomations sont disponibles sur le site de l’association.

Dans toute aventure, il y a un coup de cœur. Un moment où les astres s’alignent et tu as les étoiles pleins les yeux. Notre rencontre avec Jigéen Jàmbaar, cette folle odyssée dans laquelle Odette a réussi à embarquer femmes et familles, fait partie de ces moments étoilés qui ne se racontent pas mais qu’il faut vivre.
Il faut savoir que tout au long de notre voyage au Sénégal, nous avons rencontré des personnes résilientes, courageuses. Mais en arrivant à Jigéen Jàmbaar, je suis fascinée par la force, la résistance de toutes ces femmes de Lompoul qui relèvent leur pagne jusqu’au genou, foulent le sable chaud du désert telles des forteresses.
C’est dans un vent d’humanité que nous tournons le dos à Fama, Aïssata, Coura, Mame Fatou, Marie, Atta, Rokhaya, Ndeye Amy, toutes ces femmes qui font vivre la Maison Jigéen Jàmbaar au quotidien.

Nous nous retrouvons donc dans la concession de l’association. Après le marché effectué au village la préparation du repas est maintenant bien avancée.

Encore quelques minutes et nous nous retrouvons tous autour de ce repas convivial. Il y a là des femmes du villages des volontaires étrangers, et notamment Odette fondatrice de l’association, des hommes venus aider pour la construction d’une nouvelle case dans la concession. Tout le monde collabore gaiement dans une ambiance détendue.

C’est malheureusement déjà l’heure de nous quitter. Après de longs au revoir, nous reprenons la route. Nous ferons une partie du chemin en charrette tirée par un cheval.

De retour au camp, nous prenons notre repas dans la tente commune et profitons du ciel étoilé avant d’aller nous coucher.

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6ème jour: Vers le Sine Saloum

Nous quittons déjà Lompoul et le Camp du Désert. Une dernière fois nous remontons la piste menant du Camp du Désert au village. En 4×4 cette fois-ci.

Avant de prendre la route nous nous arrêtons de nouveau dans le village de Lompoul, afin de visiter la pépinière villageoise qui bénéficie d’un don de 5€ pour chaque voyage fait avec Esprit d’Afrique.

Le père d’Aliou est l’une des personnes qui a grandement contribué à la mise en place de cette pépinière. Aujourd’hui à la retraite il s’y rend encore presque quotidiennement. Nous le croisons d’ailleurs lors de notre visite, et c’est un plaisir de faire sa connaissance.

La pépinière est un élément essentiel dans l’effort de reboisement et la lutte contre la désertification. En effet les jeunes eucalyptus sont d’abord cultivés ici, avant d’être confiés aux villageois qui en font la demande, pour protéger leurs champs et s’opposer à la progression du désert. La pépinière comporte également de nombreuses autres espèces qui serviront également aux villageois.

Nous prenons cette fois vraiment la route, pour notre long périple de la journée. Il s’agira de rallier d’ici ce soir le delta du Saloum, non loin de Sokone, ce qui représente pas loin de 250 km.

Nous traversons Kébémer puis Mékhé, capitale de la chaussure sénégalaise et autres objets en cuir, villes dans lesquels nous ne nous attardons pas.

A partir de Mékhè nous empruntons une piste. Nous y croisons des baobabs majestueux, des vautours en plein travail, des chèvres esseulées et de nombreux villages au noms parfois mystérieux tel « Baba Garage ».

Nous longeons la mine de phosphate de Gadde Bissik, exploitée depuis quelques années. Symbole de la dépendance de l’agriculture industrielle aux engrais phosphatés, cette mine dont l’extension est envisagée, est déjà source de tensions avec les populations des villages avoisinants.

Nous traversons Fatick, puis continuons en direction de Foundiougne, ville à laquelle nous accédons en traversant le nouveau pont, ouvert à la circulation il y a quelques semaines à peine. Il remplace l’ancien bac, et facilitera l’accès à la région et même à la Gambie. Cependant le pont est payant, ce qui en limite l’accès pour certaines catégories de population. Le pont sera inauguré officiellement quelques jours après notre passage par le président Macky Sall et baptisé « pont Nelson Mandela ».

Nous nous arrêtons pour déjeuner « Chez Anne-Marie », sur les rives du fleuve Saloum, en face du pont et à l’abris d’un vénérable baobab.

Après le déjeuner, nous reprenons la route, il nous reste 45 kilomètres à parcourir. Les derniers se font sur la piste, avant de déboucher sur un monticule de coquillage. Nous y sommes. Les bungalows du barracuda sont répartis sur les berges de l’une des centaines de ramifications composants le delta du Saloum.

Nous sommes accueillis par l’équipe de l’hôtel, et savourons une boisson de bienvenue. Mais nous reparlerons de ce site incroyable demain.

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7ème jour: Dans les dédales du Saloum

Après une bonne nuit de sommeil, nous nous réveillons pour une première journée dans le Sine Saloum. 

Surprise, le bras du fleuve qui hier était à nos pieds s’est retiré laissant apparaitre de nombreux bancs de sables. Bien que situé à près de 30 kilomètres de la côte, l’influence de la marée est encore très forte. Elle l’est de plus en plus d’ailleurs pour des raisons dont nous reparlerons, ce qui n’est pas vraiment une bonne nouvelle.

Nous prenons notre petit déjeuner en profitant de cette vue. Nous faisons connaissance avec Ismaël qui sera notre guide pendant notre séjour dans le Sine Saloum.

Les employés de l’hôtel nous invitent à partager leur repas, qu’ils prennent tous en commun dans une ambiance conviviale.

Aujourd’hui nous allons découvrir ce dédale que constitue les bras du fleuve Saloum inextricablement liés à ceux du Sine.

Nous quittons notre gîte en voiture avec Aliou et Ismaël, direction Toubacouta, village au bord du fleuve lui aussi. De là nous prenons une pirogue motorisée pour commencer notre balade.

Après quelques minutes de navigation sur le fleuve nous nous aventurons dans des bras du fleuves plus étroits. Les « bolongs » sont bordés de mangroves. Nous nous engageons sous les palétuviers. Notre piroguier nous montre les huîtres, accrochées aux racines et tient à nous les faire goûter…

Cette mangrove est indispensable pour de nombreuses raisons. Elle protège de l’érosion, de l’ensablement et de la salinisation des sols. Elle constitue également un écosystème riche dont la disparition risque de mettre en péril de nombreuses espèces.

Pourtant elle disparait, à cause de plusieurs facteurs. Son exploitation pour l’utilisation du bois, mais également du fait du changement climatique qui, avec l’élévation de la température et la sécheresse, augmente la concentration de sel, ce qui tue les palétuviers.

C’est pourquoi une politique de reboisement est mise en place. Par exemple dans la commune de Toubacouta, cinq hectares ont été replantés ces dernières années.

Ce replantage est combiné à la mise en place de l’exploitation d’huîtres et de miel (que nous recroiserons plus tard), ce qui aide les villageois et les incite à ne pas surexploiter la mangrove pour le bois.

Nous quittons les bolong et accostons sur une des « îles aux coquillages »

Ismaël nous raconte l’histoire de ces îles aux coquillages, qui loin d’être naturelles sont le résultat de la présence humaine. Ces amas de coquillages seraient les restes des coquillages consommés par les hommes ayant occupé cet endroit depuis plusieurs siècles.

Nous marchons dans l’île, croisons quelques Baobab, puis profitons du jour qui décline, au bord de l’eau. Une petite séance de Yoga en prime!

Ici aussi toutes sortes d’oiseaux nous accompagnent. Et nous n’avons pas fini de les admirer aujourd’hui !

Nous reprenons la pirogue, et nous rendons aux abords du « reposoir aux oiseaux ». Cette île au milieu du fleuve est, étonnamment, le lieu de repos d’un nombre impressionnant d’oiseaux.

Nous arrivons un peu avant le début de la nuit. Un magnifique ballet commence alors sous nos yeux. Un par un des groupes de chaque espèce d’oiseaux viennent se poser dans les arbres pour y passer la nuit.

Parmi les derniers arrivants un groupe de pélicans majestueux se posent finalement, tels les patriarches de ce lieu, comme pour clore le bal.

La nuit arrive, nous repartons discrètement, sans le moteur pour ne pas perturber les oiseaux.

Nous glissons sur le fleuve, le calme de la fin de journée nous accompagne jusqu’à Toubacouta.

Il fait complètement nuit lorsque nous arrivons au village. Nous reprenons la voiture pour rentrer à l’hôtel pour un repos bien mérité.

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8ème jour: Randonnée paisible

Programme léger pour aujourd’hui. Nous tenons à profiter du calme du lieu pour nous reposer. Nous nous contenterons donc d’une randonnée aux alentours de l’hôel.

Nous partons à pied, toujours accompagnés d’Aliou et Ismaël.

La marée et basse et de nombreux passages que nous empruntons sont, à marée haute, recouverts d’eau comme en témoigne cette pirogue échouée loin de tout bras du fleuve.

Nous faisons quelques rencontres intéressantes. Des chacals, un loup « africain », toutes sortes d’oiseaux, une vache curieuse.

Loup africain

Nous rendons visite à un baobab sacré.

Ismaël en profite pour nous indiquer les bienfaits de nombreuses plantes et nous parle de son intérêt pour ces savoirs traditionnels. Il regrette que ces connaissances se perdent et nous explique ses efforts pour les recueillir et en perpétuer la transmission.

Au retour nous faisons une pause sous l’ombre d’un anacardier. Un villageois nous propose de gouter à ses pommes de cajou. C’est un fruit très juteux, surmonté par une coque qui contient une précieuse graine : la noix de cajou.

De retour à l’hôtel, nous profitons du calme de la fin de journée pour nous reposer et lire tranquillement au bord de la piscine.

C’est l’occasion de terminer « La plus secrète mémoire des hommes » de Mohamed Mbougar Sarr, prix Goncourt 2021, dont l’histoire est fortement marquée par la culture sérère. Le roman se termine d’ailleurs dans un village du Sine Saloum, probablement à quelques kilomètre d’ici…

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